Crise humanitaire dans sa Corne : Mais que fait l’Afrique?
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La situation humanitaire dans la Corne de l’Afrique s’aggrave de jour en jour. Ce ne serait plus 10 millions comme annoncé la semaine dernière, mais plutôt 12 millions de personnes qui, selon l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO), manquent actuellement de nourriture à Djibouti, en Ethiopie, au Kenya, en Ouganda et en Somalie. Dans un article paru dans Le Monde le 13 juillet 2011, le Comité International de la Croix Rouge (CICR) juge "l'état nutritionnel des enfants de moins de cinq ans dans le centre et le Sud de la Somalie très inquiétant".
Le coût financier de la réponse à cette crise alimentaire et humanitaire s’annonce donc très salé.
Lors d’une réunion d’urgence le mardi 12 juillet 2011 avec les Directeurs des Agences de l’organisation qu’il dirige, Ban Ki-Moon, le Secrétaire Général des Nations Unies, a lancé un appel au don. L’objectif visé est de mobiliser l’autre moitié des 1,6 milliards de Dollars nécessaires, pour le moment dirions-nous. A lui seul, Le Programme Alimentaire Mondial (PAM) estime devoir lever 477 millions de dollars afin de répondre aux besoins des personnes souffrant de la faim dans la région jusqu’à la fin de l’année 2011. Mais à l’heure actuelle, le PAM affirme être confronté à un déficit de 190 millions de dollars pour financer ses opérations dans la région.
Comment mobiliser cette somme qui peut encore évoluer à la hausse dans un contexte encore marqué par les effets de la crise financière de 2008 ? Pour mémoire, cette même année, Jacques Diouf, le Directeur de la FAO (jusqu’à la fin 2011) faisait un constat sans appel en marge de la Journée mondiale de l’alimentation. Il notait que « s’il y a une récession, naturellement ce sera plus difficile de débloquer des ressources pour l’agriculture dans les pays en développement, mais en plus, les revenus ne vont pas augmenter en période de récession, et par conséquent, il va y avoir encore plus de gens pauvres et affamés… ».
Dans ce contexte de recherche de fonds, la question de la contribution (financière) de l’Afrique se pose. Que propose l’Afrique ou l’Union Africaine pour faire face à cette crise qui la touche et qui l’affecte directement ?
Au risque de nous tromper, les dirigeants africains semblent ne pas se sentir concernés par cette tragédie qui se joue actuellement sur leur continent. En effet, pour ce que nous savons, aucun d’entre eux n’a encore annoncé une contribution (financière) face à l’appel des Nations Unies et des organisations humanitaires. Pendant que l’ONU et les organisations humanitaires s’activent pour répondre au mieux à cette crise et éviter une tragédie humaine plus importante, l’Union Africaine annonce la création d’un Prix Jacques Diouf pour récompenser chaque deux ans toute personne « ayant le mieux œuvré pour la sécurité alimentaire dans le monde ». Loin de nous l’idée de contester une telle initiative, seulement ce n’est pas la nouvelle que nous attendons actuellement de la part de cette organisation.
Qu’attend l’Afrique ? Que le Japon qui est confronté à une catastrophe nucléaire sans précédent suite au séisme du 11 mars dernier se sente plus concerné que ses dirigeants ? Que les Etats-Unis, qui traverse une véritable impasse face au risque de cessation de paiement le 2 août prochain car sa dette atteint bientôt le plafond des 14 300 milliards de dollars, porte son habit de sauveur du monde ? Que l’Europe qui connait une véritable zone de turbulence (difficulté de consensus face à la crise en Grèce ; situation préoccupante pour l’économie du Portugal ; l’Italie obligée d’adopter un plan de rigueur de plus de 40 milliards d’Euro ; le Royaume-Uni déjà au régime sec et la France qui sont confrontés à d’importants déficits budgétaires et à un coup financier de l’intervention en Libye déjà très important ; …) fasse tout le travail à notre place ?
Comment comprendre ce silence injustifié et cette passivité inexplicable des dirigeants africains ? Surtout quand on sait que les pays donateurs, qui ont versé moins du quart des promesses de dons faites à Haïti suite à la catastrophe humanitaire née du tremblement de terre de début 2010, ont plus de difficultés pour réagir ? Cette attitude est encore plus indéfendable lorsque ces dirigeants souhaitent, voire même exigent d’être associés aux principaux débats sur la conduite du monde et l’établissement de véritables rapports de partenaires à partenaires et non de subordination dans les liens qu’entretiennent leurs Etats avec ceux du monde industrialisé et développé.
L’Afrique, pour ne pas dire l’Union Africaine, n’a pas besoin d’être interpellée pour s’engager à bras le corps dans la réponse à cette crise alimentaire qui frappe actuellement Djibouti, l’Ethiopie, le Kenya, l’Ouganda, la Somalie et on ne sait quel autre pays demain. Elle ne saurait se contenter d’observer ou de comptabiliser les engagements de dons des pays occidentaux, comme l’Allemagne qui, en marge d’une visite de la Chandelière Angela Merkel dans le pays, a promis 1 million d’euro supplémentaire d’aide au Kenya afin de l’aider à mieux faire face l’afflux de réfugiés somaliens.
Soyons sérieux ! Ce n’est pas 1 million d’euros que ne peuvent pas donner chacun des pays comme le Maroc, le Nigéria, la Guinée-équatoriale, l’Angola, le Gabon ou l’Afrique du Sud ? Ils peuvent faire mieux que cela. Les pays donateurs, même si leurs réalités socio-économiques ne sont pas et doivent pas être comparées à celles de ceux du continent, sont aussi confrontés à des difficultés et à la satisfaction des attentes de leurs populations. Mais ils agissent dans le cadre d’une solidarité internationale qu’impose l’idéal de bien-être de la communauté humaine que nous partageons à travers l’adhésion de nos différents pays à l’Organisation des Nations Unies (ONU) et à ses différentes agences. En prenant dans les Fonds de souveraineté à la disposition de la plupart des Chefs d’Etats et en réduisant pour une semaine le train de vie des autorités, l’Afrique pourrait mobiliser une contribution plus que symbolique sans pour autant remettre en cause les engagements internes et externes de chaque pays contributeur.
L’Union Africaine ne doit plus être une sorte de syndicat de Chef d’Etats qui se réunissent une à deux fois chaque année pour manger et dormir dans des hôtels de luxe, faire du tourisme et s’éloigner momentanément des réalités du quotidien, et pour prendre des résolutions ou autres décisions qu’ils n’appliqueront jamais. Ce doit être une organisation agissante, concrète, ne balbutiant plus devant les questions fondamentales de Droits de l’homme, de bonne gouvernance et de développement. Si l’évolution sur ces questions reste encre un défi, celle de la solidarité ne devrait pas se poser.
Vivement que l’Afrique et l’Union Africaine ne rate pas le rendez-vous de la mobilisation pour une riposte efficace contre la crise humanitaire qui touche la Corne de l’Afrique. L’histoire lui en tiendra rigueur.
© UNICEF/NYHQ2011-0996/Kate Holt, Kenya, 2011 // Le 7 juillet, un jeune garçon somalien attend d’être enregistré pour la nourriture et d’autres aides dans un Camp de réfugiés dans le Nord-Est de la Province de Dagahaley, près de la frontière Kenya-Somalie. Ce camp fait partie des trois camps de Dadaab, situés dans la banlieue de la ville de Dadaab dans le District de Garissa
Rodrigue Koffi
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