En Côte d’Ivoire, la réconciliation ne semble malheureusement pas pour demain
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On le sait tous : la Côte d’Ivoire devra attendre au moins un an encore (la prochaine édition étant prévue en 2013 en Afrique du Sud) avant d’espérer obtenir sa deuxième Coupe d’Afrique des Nations (CAN). Malgré le potentiel « sur papier » de toute l’équipe ivoirienne, malgré les cinq premiers matchs de cette phase finale qui l’ont sacré meilleure défense et meilleure attaque (zéro buts encaissés, neuf marqués), les Éléphants (nom de l’équipe ivoirienne) ont perdu la finale de la CAN 2012 devant les Chipolopolos ("boulets de cuivre", l'équipe zambienne).
Au bout de la terrible série des tirs-au-but, c’est tout un peuple qui a été plongé dans une profonde détresse tant l’espoir d’obtenir cette deuxième CAN cette année 2012 était grand. Un espoir grand car non seulement ce rêve était caressé depuis vingt ans (la première CAN remportée remontant à janvier 1992), mais aussi parce que nous étions nombreux à croire que cette coupe aurait contribué fortement au processus de réconciliation après la série de crises de ces dernières années, surtout après la dernière et malheureuse crise post-électorale.
C’est donc tout un peuple qui y croyait fermement. Tout le peuple, enfin pas vraiment et c’est là ma plus grande douleur. Et oui, tout le peuple ivoirien ne souhaitait pas cette victoire car des scènes de liesses et de fêtes ont été constatées dans certainement familles à Abidjan, et je sais de quoi je parle. C’est incroyable et pourtant c’est bien vrai. Pour des questions de conviction politique, semble t-il, des Ivoiriens ont souhaité que leur équipe nationale échoue en finale. Prière exaucée !
Sur le net, principalement sur Facebook et des sites d’infos (surtout au niveau des commentaires des articles), les Ivoiriens ont réveillé les démons qui ont servi de fondation à la crise post-électorale. Les clivages pros-Gbagbo et pros-Ouattara ont repris de la vigueur, pour une simple affaire de football. Des propos virulents, haineux et provocateurs sont échangés comme si le passif de la guerre ne suffit pas à nous orienter sur le chemin du renouveau.
Oui, l’échec des éléphants aura eu au moins le mérite de nous faire voir une réalité : nous sommes loin de vouloir nous réconcilier et de nous entendre sur l’essentiel pour relever ce pays de ses meurtrissures.
Quelqu’un disait qu’on peut contraindre un peuple à faire la guerre, mais on ne saurait le contraindre à faire la paix. En Côte d’Ivoire, cette vérité s’applique comme dans tous les pays qui sortent d’une crise si profonde comme la notre. Mais ici, la volonté pour atteindre cet objectif apparait clairement comme la chose la moins partagée.
Tant que nous politiserons tous les débats, même les plus basiques, on aura beau avoir une Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation, cela ne servira à rien. Même si cette commission était présidée par Nelson Mandela, si la haine, l’esprit revanchard priment, cela ne servira à rien. Et cela m’attriste profondément.
Rodrigue Koffi
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02/16/12, par Alexis Guenel: